Enregistrer ta voix avec le Rode NT1 5th Generation dans une pièce ordinaire
Le Rode NT1 5th Generation, très sensible, entend aussi ta pièce. Voici comment le placer, dompter les réflexions et éviter plosives et grondements.

Le NT1 fait partie de ces micros qui trônent sur leur pied dans pas mal de home studios depuis des années. Rode a construit toute une gamme autour, avec le NT1-A comme petit frère le plus connu : un statique à large membrane abordable, au circuit silencieux, avec lequel beaucoup de gens ont réalisé leur premier enregistrement de voix sérieux. Le NT1 5th Generation poursuit l’histoire. Tu peux toujours le brancher à l’ancienne en XLR sur une interface audio, mais il a aussi une prise USB-C, ce qui te permet de le relier directement à ton ordinateur sans interface.
Sur le principe, ça ne change rien. Ça reste un micro statique cardioïde sensible, et c’est justement cette sensibilité qui est à double tranchant dans un logement ordinaire. Le NT1 capte les détails de ta voix, mais tout autant les réflexions de ton mur nu, la hotte des voisins et le camion qui passe dans la rue. Le plus gros gain se joue donc dans ce qui se passe autour du micro. C’est le sujet de cet article.
Ta pièce chante avec toi
Une salle de prise de son en studio est conçue pour ajouter le moins de couleur possible. Ta chambre est conçue pour dormir. Quand tu chantes, ta voix ne part pas seulement droit dans le micro. Elle rebondit aussi sur les murs, le plafond, les fenêtres et ton bureau, puis revient à la capsule une fraction de seconde plus tard. Ce mélange donne ce son creux, un peu « boîte », qu’on reconnaît tout de suite comme « enregistré à la maison ».
Deux murs nus face à face, c’est le pire scénario. Le son fait des allers-retours et tu obtiens un flutter echo, une sorte de réverbération crépitante qu’on entend en tapant dans ses mains dans une pièce vide. Les meubles aident déjà : une bibliothèque, un canapé, des rideaux et même une télé cassent ces réflexions.
C’est pour ça que le choix de la pièce est la première décision, et la moins chère. Shure déconseille la salle de bains, même si ta voix y sonne super bien sous la douche. Le carrelage et les miroirs renvoient tout. Pareil pour la cuisine. Cherche plutôt la pièce avec le plus d’objets mous : coussins, plantes, bibliothèque bien remplie, rideaux épais. Plus la pièce est « morte », plus le NT1 n’enregistre que toi.
Loin du mur, au milieu de la pièce
Le réflexe, c’est de mettre le micro dans un coin ou contre le mur, parce qu’il y gêne moins. Évite. Plus tu es près d’un mur, plus les réflexions reviennent vite et fort. Place plutôt le micro quelque part au milieu de la pièce, avec de l’espace tout autour.
Le duo américain The Chainsmokers a raconté un jour avoir enregistré la voix de son tube « Roses » sans cabine, en plein milieu d’un appartement à New York, avec un de ces écrans derrière le micro. Que ça marche aussi bien chez toi dépend de ta propre pièce. Mais ça montre qu’on peut aller assez loin avec une pièce non traitée.

Des trucs mous au bon endroit
Pas besoin de visser tout de suite des panneaux au mur. Un traitement provisoire avec ce que tu as sous la main marche étonnamment bien :
- Mets des coussins, une couette ou des couvertures épaisses dans la pièce, surtout derrière le micro. Shure cite un coussin ou une couette juste derrière le micro comme astuce simple contre les réflexions.
- Accroche une couverture sur un mur nu qui fait face à un autre mur nu.
- Un filtre anti-réflexion monté sur le pied crée une sorte de mini-cabine autour du micro et bloque une grande partie des réflexions de la pièce.
- Un écran acoustique ou une housse sphérique qui enveloppe tout le micro fait la même chose sous une autre forme.
Une chose à savoir quand même. Un filtre anti-réflexion agit sur le son de ta pièce. Contre les bruits extérieurs, il ne peut rien. Samson est honnête là-dessus : la circulation, un chien qui aboie ou la ventilation, dans un logement normal, tu ne les sortiras quasiment jamais complètement de l’enregistrement. Pour ça, il te faut une vraie pièce isolée. Ce que tu peux faire, c’est bien choisir ton moment. Enregistre quand c’est calme dehors, tard le soir ou en journée quand les voisins sont au boulot. Coupe la clim ou la ventilation, demande à tes colocs de se faire discrets un moment et enchaîne tes prises rapidement pour bien profiter de ce créneau tranquille.
Distance et hauteur façonnent ton son
Une fois la pièce réglée, place à la position de ta bouche par rapport au NT1. Un statique cardioïde subit l’effet de proximité : plus tu t’approches, plus les graves augmentent. Un peu de chaleur, c’est joli, mais trop près, ta voix devient ronflante et boueuse.
Comme point de départ, les sources citent environ 13 à 15 centimètres, et de préférence pas plus près. Shure utilise aussi environ 15 centimètres pour la voix off et propose un repère pratique : ton poing. D’autres conseils vont jusqu’à 10 à 20 centimètres. Prends ces chiffres comme point de départ et écoute ce qu’ils font à ta voix.
Ensuite, adapte-toi à ce que tu chantes :
- Doux et soufflé : rapproche-toi un peu. Tu gagnes en intimité, et aussi en graves.
- Fort et plein : recule, à peu près de la distance entre ton pouce et ton auriculaire écartés.
- Si tu entends trop de souffle, chante un peu de biais, à côté du micro.
La hauteur compte aussi. Place le micro quelques centimètres au-dessus de ta bouche, à peu près à hauteur du nez ou des yeux, et oriente-le entre le nez et la bouche. Pile à hauteur de bouche, tu récoltes des P plus durs et des S plus tranchants. Petit bonus : tu regardes légèrement vers le haut, ce qui fait en général du bien à ta posture et à ton soutien respiratoire. Pour creuser le sujet, lis aussi notre guide sur l’échauffement de la voix.

Plosives et grondements
Les consonnes comme P et B envoient un jet d’air vers l’avant. Sur un statique sensible, ce souffle peut saturer la capsule et tu entends un « pop » sourd dans l’enregistrement. Un filtre anti-pop disperse cet air avant qu’il atteigne le micro.
Sur la distance, les avis divergent : Musiversal parle de 5 à 15 centimètres du micro, i4studio de 5 à 10. Les deux font l’affaire comme repère en pratique. Musiversal conseille aussi d’incliner légèrement le filtre. Le nylon est le plus répandu. Selon la même source, les filtres métalliques sont plus transparents mais plus chers, et la mousse arrête moins bien les plosives et peut étouffer un peu le son.
Passons aux grondements. Les pas, une porte qui claque ou un coup sur ton bureau passent par le sol et le pied jusqu’au micro. Un shockmount suspend le micro dans des élastiques et le découple du pied. Un pied lourd aide en plus, parce qu’il vibre moins.
Le reste de la chaîne en bref
- Alimentation fantôme. Si tu utilises le NT1 5th Generation en XLR, il a besoin, en tant que statique, d’une alimentation fantôme de +48V. Active-la sur ton interface avant d’enregistrer. Sans alimentation fantôme, pas de signal. En USB, la question ne se pose pas.
- Casque. N’enregistre jamais avec un casque sans fil : le Bluetooth ajoute de la latence et tu te retrouves à chanter en retard sur le backing track. Choisis un modèle filaire, fermé et circum-auriculaire, comme ça ni le clic ni le backing track ne repassent dans le micro.
- Gain. Règle ton niveau d’entrée pour que la voix culmine autour de -6 dBFS. Regarde les vumètres, parce qu’à l’oreille on se trompe facilement. Tu gardes ainsi de la marge pour la grosse envolée du refrain.
- Réparer après coup. Un noise gate peut atténuer un peu le bruit de fond entre les phrases, mais i4studio conseille d’y aller mollo. Prévenir est bien plus simple que réparer.
- Plusieurs prises. Enregistres-en quelques-unes et choisis la meilleure plus tard, ou colle ensemble les meilleurs passages.
Si tu hésites encore à prendre un statique sensible pour une pièce bruyante, sache que les micros dynamiques sont faits pour travailler près de la source et captent moins la pièce. Notre article sur le SE Electronics DynaCaster montre comment ça marche. Cela dit, avec les étapes ci-dessus, tu tireras aussi d’un NT1 dans un salon ordinaire une piste de voix sèche et exploitable.
À tester ce soir
Prends une serviette ou une couverture et accroche-la sur la grille de ventilation ou l’arrivée d’air de ta pièce d’enregistrement, exactement comme l’ont fait The Chainsmokers quand leur clim bourdonnait dans l’enregistrement. Pose ensuite une couette sur une chaise derrière le micro et enregistre deux fois la même phrase, avec et sans la couette. Écoute surtout la fin de chaque phrase, là où ta voix s’éteint. Dans cette petite traîne, tu entends tout de suite combien de pièce le NT1 embarque.


